Début octobre s’est déroulé au cinéma des Ursulines et au Pathé Fauvettes à Paris, les projections Coming of Age mettant à l’honneur des courts métrages sinophones. À noter, pour nos ami.es cinéphiles ou simples curieux.se.s en région, que le festival se déroule aussi à Lyon.
Cette année, sur les quatre séances proposées, une avait pour thème le queer. La projection se conclut par un échange avec les réalisateur.ice.s – comme pour les autres séances – ce qui permit de le mettre en relief et de le recontextualiser, dans une période qui devient de plus en plus complexe pour aborder ce type de sujet en Chine. Cette sélection fut le fruit de la réflexion des organisateurs du festival et de Matthew Huang, ancien activiste chinois, qui a fui le pays et réside actuellement en France.

Cette séance s’ouvrit avec le film Mimi’s Confusion réalisé par Yang Miaojing en 2024 dans le cadre de son projet de fin d’études au sein de l’Université de Communication de Chine. Le film aborde assez frontalement les questions liées au genre, puisque Mimi, jeune fille de 10 ans, a été assignée garçon au sein de son environnement social. Elle doit alors affronter ses camarades, qui la harcèlent, les adultes – y compris sa mère – qui ne l’aident pas et la maintiennent dans son trouble – hormis un professeur qui sera exclu des suites d’un quiproquo lié à la candeur de l’enfant. Le film, tout en étant dur, arrive à rendre la beauté de cet âge de l’enfance, mêlée de contemplation, mais aussi de fantastique, avec l’histoire que lui raconte sa mère qui introduit une partie animée au film.
Vint ensuite un documentaire de 2023 réalisé par Zhou Hao, Here, Hopefully s’attachant à raconter la vie de Zee, s’identifiant comme non-binaire, aux Etats-Unis afin d’y devenir infirmier.ière. Le ton du film s’inscrit dans l’aspect contemplatif et de relative solitude de Mimi’s Confusion. Il poursuit et clôt aussi, d’une certaine manière, le trouble lié au genre, puisque Zee s’épanouit dans son rêve américain, avec l’aide et le soutien de ses parents, qui lui permettent d’oublier le rejet dont elle eut à faire en Chine, avec les autres membres de sa famille et de son environnement social.


La séance prit en suite une tournure tout à fait différente avec Wegen Hegel (2023) par Fan Popo, réalisateur reconnu, exilé à Berlin, ayant grandement participé à la scène queer chinoise et pékinoise en étant membre du Beijing Queer Film Festival et un membre fondateur de l’ancien Beijing LGBT Center – dissout le 15 mai 2023, comme toutes les associations contenant entre autres les mots « homosexuels », « associations » et « droits ». Le festival, quant à lui, perdure grâce au fait qu’il est se déroule désormais au sein des instituts français et Goethe de Pékin. Le film, malgré cette introduction, était très drôle. On y voit les débauches de Ping, étudiant parti en Allemagne étudier la philosophie, confiné et tuant le temps sur un site de rencontre homosexuel. Celui-ci fit face dans un premier temps au racisme que connut la communauté asiatique lors de la pandémie, pour enfin trouver un plan cul, qui prit une tournure inattendue à cause d’Hegel et de sa phrase « Tout ce qui est réel est rationnel, tout ce qui est rationnel est réel ».
Les rires se sont aussi fait entendre dans la salle avec The Parisian in Bali Village (2023) de Cen Bingxing. Ce film réalisé avec les moyens du bord, pour reprendre la réalisatrice, nous montre l’enfer que vit Li Simiao, une jeune femme vivant dans le corps d’une chinoise dans le village de Bali à Chengdu, alors qu’elle devrait être une vraie Parisienne. Le film se déroule comme un enchaînement de scènes poussées au grotesque et absurde – comme le moment où elle donne à un bouledogue français sa baguette afin qu’il se remémore sa vraie patrie… ou encore la présence d’autre protagoniste souffrant du même mal, à l’exemple la réalisatrice y incarne le cas d’une butch chinoise se rêvant texane. Le film, moins frontal face à la thématique queer, entre en résonance avec les films vus précédemment, tout y en apportant un décalage.


Enfin, la soirée se termina avec le documentaire de Li Yaqi Chengdu Rainbow (2024) qui montre les derniers instants de l’association sichuanaise éponyme destinée à la prévention sur les questions de santé mentale au sein de la communauté queer, dans laquelle fut Matthew Huang. Ici, ce documentaire vient presque apporter une note d’espoir, puisqu’à la solitude des deux premiers films, il oppose un lieu d’échange, et de partage. Mais il s’agit plutôt d’une fête en larmes, celle de la fin de cette association qui doit fermer sous ordre gouvernemental, malgré la volonté de ses membres.

