Galeries, foires, ventes aux enchères, instagram, le marché de l’art tel que nous le connaissons aujourd’hui n’a pas toujours existé sous cette forme. Si on s’en tient à la peinture, elle n’a pas toujours été une marchandise échangeable qui peut circuler d’un propriétaire à un autre. Il faudra attendre pour cela la Renaissance. A la préhistoire, les peintures étant réalisées à même la roche des grottes, leur circulation était rendue impossible. N’ayant pas encore un système de monnaie, celles-ci invendables.

A l’Antiquité, on ne peut pas vraiment parler de commerce d’art avant la période hellénistique (400 ans avant J.-C.). A partir de ce moment, apparaissent les premières attestations de ventes d’œuvres d’art à usage privé, soit pour rendre des cultes domestiques, soit pour le plaisir des yeux. A cette époque la peinture n’est pas un médium autonome ou seule la toile peinte est considérée comme œuvre d’art, mais elle orne des objets de culte ou du quotidien, comme des vases ou assiettes en céramique. A ce titre, on ne peut alors pas encore parler de marché de la peinture tel que nous le connaissons aujourd’hui.
L’art au service des puissants
Jusqu’à le Renaissance, les acheteurs principaux sont l’Eglise ou le pouvoir royal, ducal etc. Les oeuvres d’art sont commissionnées aux artistes et ne préexistent pas à la demande de l’acheteur – contrairement à aujourd’hui où l’on peut se rendre dans une galerie et acheter un tableau qui existe déjà. Principalement vouée à accompagner le culte religieux, une peinture n’est jamais commandée dans l’optique de la revendre. D’autant plus que, jusqu’au XVème siècle, la peinture se fait souvent sur fresque, soit à même les murs de l’Eglise. L’artiste à cette époque est encore considéré comme un artisan et le prix de ses productions est basé sur le matériel utilisé par le peintre comme le cadre ou les pigments, et moins sur sa valeur esthétique.
L’émergence d’une nouvelle classe d’acheteurs
Au début du XVème siècle, une classe nouvelle d’acheteurs et de commanditaires voient le jour, celle des grandes familles bourgeoises telles que les Médicis ou les Sforza. Grandes mécènes, ces familles vont permettre à des artistes comme Michel-Ange ou De Vinci de se soustraire à la contrainte financière en les accueillant dans leur cour et de travailler plus librement que sous le régime de la commande ecclésiastique. Des œuvres profanes voient alors le jour, et l’artiste commence à être considéré socialement différemment de l’artisan. Lorsqu’on achète une toile, on ne paie plus seulement les matériaux nécessaires à sa production et le savoir-faire technique, mais également le talent, le style et le tempérament de l’artiste.

Les premiers marchands et galeries
Au XVIème siècle, des ouvrages sur la vie des peintres sont diffusés grâce aux progrès de l’imprimerie et égaye la curiosité de ministres, princes et bourgeois : « Des classes sociales, qui, un siècle plus tôt, n’avaient guère l’idée, faute de motivation culturelle, de réunir des objets privés de leur usage premier, ou dépourvus d’autre utilité que le décor, sont touchées par le besoin de collectionner. Cette demande très forte entraîne évidemment une réponse de l’offre« , expliquent Michel et Emmanuel Hoog dans Le Marché de l’art, (PUF, 1995). Au cour des XV et XVIème siècles, en réponse à cette demande, si jusqu’ici l’intermédiaire entre l’artiste et son acheteur se faisait que par les bonnes recommandations d’un tiers (« tu devrais acheter un Côme, son travail est somptueux »), apparaissent les premiers marchands et galeries d’art en Italie et dans les Flandres.

L’invention du Salon
A la fin du XVIIème siècle est créé le premier Salon parisien, grand événement organisé à l’origine par l’Académie Royale de peinture et de sculpture qui offre désormais la possibilité aux artistes d’exposer et de vendre leurs œuvres dans un espace institutionnel. Néanmoins, d’abord bisannuel puis annuel, la visibilité des artistes demeurait épisodique par rapport à ce qu’on connait aujourd’hui. Néanmoins, une invention du Salon est à retenir, celle du catalogue d’exposition. Celle-ci pose les bases de ce qui sera tout au long des XVIII, XIX et XXème siècles un moyen de diffusion massif des œuvres d’art, et par là de l’essor d’un marché international. Les Salons était aussi un moyen pour les artistes d’accéder à certains prix comme le prix de Rome qui offrait aux vainqueurs la possibilité de passer aux frais de l’État une année d’étude à la villa Médicis à Rome ainsi qu’une pension de cinq ans pour assurer financièrement la poursuite de leur art.

L’entrée des critiques d’art et des enchères
Au XVIIIème siècle, l’avènement des critiques d’art orientent le goût du public et fait varier la côte des artistes. Ainsi voient le jour les premières grandes maisons de ventes aux enchères comme Christie’s ou Sotheby’s. On organise également les premières expositions au sein d’espaces et de galerie privées où l’art peut s’exposer en dehors des institutions traditionnelles comme le Salon. Cette pratique se démocratisera au cour du XIXème siècle où il devient monnaie courante d’exposer dans des lieux « non-consacrés » tels que des cafés, des bars ou des restaurants. Ainsi, dans l’atelier du photographe Nadar à Paris est organisée en 1874 la première exposition des peintres impressionnistes et au Café Volpini dans la même ville en 1889 celle des peintres dits « synthétistes » parmi lesquels figurait Paul Gauguin.
L’art sort des institutions
Au XIXe siècle, une bourgeoisie industrielle enrichie grâce aux progrès techniques cherche à investir massivement dans l’art. C’est le siècle des grands marchands-collectionneurs tels qu’Ambroise Vollard, ayant révélé entre autres Cézanne, Van Gogh, Paul Gauguin et Henri Matisse. Ces marchands, prenant des risques considérables achetant parfois à ses artistes encore inconnus plusieurs lot de peintures sans la garantie de pouvoir les écouler, joue un rôle crucial dans le soutien financier des artistes émergents.

Au XXème siècle, on retiendra des grands noms du mécénat comme Marguerite « Peggy » Guggenheim, grande mécène et collectionneuse d’art moderne qui aidera financièrement beaux d’artistes et qui les exposera dans sa galerie Guggenheim Jeune ouverte à Londres en 1938.
Internet et réseaux sociaux : l’artiste devient son propre marchand
Enfin au XXIe siècle apparaît la vente en ligne via des plateformes spécialisées ou des réseaux sociaux comme Instagram. Ces nouveaux moyens de diffusions permettent aux artistes de faire eux-mêmes leur promotion sans intermédiaire humain, une première dans l’histoire du marché de l’art.

Nous aurons vu que le marché de l’art se développe progressivement grâce d’abord à des intermédiaires humains, puis par la création d’espace d’exposition comme les galeries, les foires où les salons. Les nouvelles technologies comme l’imprimerie, la lithographie puis la photographie permettront de diffuser l’art à travers le monde avec un rendu toujours plus fidèle à l’oeuvre originale. La possibilité d’une carrière artistique étant inconcevable sans une sitiuation financière permettant de la soutenir, on retiendra combien les mécènes, les galeristes ainsi que les Prix octroyé par l’état ou autres institutions privées sont indispensables à la vie d’un artiste (quand il est pas rentier, lol). Enfin, avec des gammes de prix variées, l’art est devenu un produit de consommation quasi ordinaire et les nouveaux moyens de communication et d’exposition comme les réseaux sociaux permettent aux artistes d’être leur propre intermédiaire entre leur art et leurs potentiels acheteurs.