Les festivals du dessin et de la photographie à Arles 


Arles accueille chaque année deux festivals d’art internationaux que sont le festival du dessin et le festival de la photo.

Il y a pour chacun des festivals un « In », où des artistes déjà bien connus exposent leur travail, mais il y a aussi un festival « Off » gratuit, ayant pour projet de rendre visible le travail d’artistes émergents. Ces artistes se retrouvent ainsi à exposer un peu partout dans les nombreux lieux à Arles: comme des galeries, des libraires et certains bars ou restaurants, ce qui représente au passage une façon originale de déambuler dans Arles et de découvrir la ville. 

Le Off est un projet porté par l’association la Kabine, dont le QG se trouve dans les locaux du Printemps. C’est cette association qui organise, accueille et diffuse tout ce qui est lié aux festivals. C’est une équipe créée par 3 diplômés de l’ENSP d’Arles composée de bénévoles, et qui propose aussi tout au long de l’année des expositions, des résidences, des ateliers ou des évènements auprès de tout public. 

Pour cette édition 2025 du Off,  (7 juillet au 5 octobre), c’était plus de 120 expositions qu’il a été possible de découvrir au cours d’une déambulation dans la ville. 

Les interviews de cinq artistes et galeristes

Michel Figuet

Michel Figuet est un photographe qui exerce entre Paris et Majorque. Il travaille sur de nombreux sujets comme le portrait, la mode, les paysages, l’architecture ou le design. Il a travaillé pour de grandes marques dans plusieurs pays. 

Puerto Escondido – Casa TO – Architecte Ludwig Godefroy par Michel Figuet

Le travail que nous avons découvert à La Grande Vitrine (12 rue Jouvène, 13200 Arles) était regroupé sous le titre Love, Let and Die. Il présentait des photos de fleurs fanées, omniprésentes depuis toujours dans le quotidien de l’artiste. Il souhaitait donc dévoiler leur beauté dans leur proximité avec la fin de leur existence, depuis des questions d’éphémère et de transformation. 

Interview de Michel Figuet, le 25/07/25, Festival Off de la photographie de Arles 

Michel Figuet : – Alors au départ il y a Michel Figuet qui est là qui fait des photos depuis 40 ans dans plusieurs domaines, d’abord dans le portrait, j’ai exploré pendant 20 ans, j’ai voyagé pour des magazines du monde entier, et ensuite je me suis mis à la photo d’architecture. 

Michel Figuet : – Oui, dans l’architecture et l’architecture d’intérieur. Et puis les fleurs j’en ai toujours acheté, j’en ai toujours… dans les maisons et puis souvent quand je pars en voyage je les oublie et j’oublie de les jeter, donc je retrouve des fleurs un peu vacillantes, puis je me suis dit c’est dommage quand même, j’en ai pas profité beaucoup, quand elles étaient vivantes, mais là elles ont une bonne tête. Certaines, quand je les retrouve, je les sors de l’eau. Je les laisse s’affaisser, se maturer, se faner pour leur extraire leur dernier souffle, leurs derniers instants. 

L’idée, c’était de les photographier. J’ai eu plusieurs époques. J’ai commencé à le faire sur fond blanc, mais je trouvais ça trop froid, sur fond gris mais c’est trop neutre, et puis en fait je les photographiées sur le fond noir avec un éclairage extrêmement précis et particulier, ça leur a donné du coup, ça les fait sortir de la lumière et j’ai commencé comme ça.

Il n’y a aucun trafic de photoshop sur les images, il n’y a pas de transformation de la couleur, c’est à dire que la fleur qui est là sur vos yeux est comme ça à l’instant je l’ai photographié. Il y a une neutralité des couleurs que justement j’ai respecté pour les laisser dans leur élément. Ce qui fait qu’il y a autant de qualité dans les images parce qu’il y a quand même une extrême précision qu’on se rapproche de très près, comme sur celle-ci, comme sur celle-là. 

On voit tous les plis, toutes les rides de la vie de cette fleur se mourant je dirais, mais toutes les rides de la vie qui apparaissent, et c’est ça que je voulais vous montrer c’est-à-dire qu’en gros il y a pas d’âge pour être beau, il y a pas d’âge pour avoir des défauts, et surtout pour pouvoir les mettre en valeur et trouver de la beauté même dans l’erreur ou dans le défaut, dans la fin. 



Alexandra Cool

Alexandra Cool est sculptrice et photographe. Elle travaille en Belgique et en France: son travail porte surtout sur la nature, les personnes et le temps. 

JATT est allé visiter l’exposition Transhumance. Elle nous a été présenté par Marianne Hueber, la galeriste de la galerie Circa. (2 rue de la Roquette) qui propose du design et des antiquités.

Sur ses photos, on voit des personnes qui semblent d’autres époques, avec beaucoup de bagages qui semblent avancer, comme si elles étaient en transition dans des lieux si désertiques et hostiles que l’on pourrait se demander ce qu’elles font là, où elles vont. 

C’est un travail qui interroge la question d’habiter à travers la transition dans ce monde entre différents lieux et temps. 

Interview de Marianne Hueber, le 25/07/25, Festival Off de la photographie de Arles :  Exposition Transhumance, Alexandra Cool

Marianne Hueber : – L’artiste, qui est quelqu’un de pas toute jeune. Je dis ça parce qu’il y a un contexte aussi au niveau des photos. En 2012, quand son père décède, Alexandra se retrouve avec des archives familiales photographiques. Et de l’autre côté, elle avait en mémoire un poème de Hannah Arendt. D’ailleurs, il est dans le petit livre des voix off. Oui. “I’ve lost my home, I’ve lost my job, I’ve lost my language.” Et c’était un travail qui a commencé à l’intéresser parce que c’est aussi une espèce d’histoire vécue par sa propre famille, sans vouloir parler de migration, tel qu’on l’entend maintenant, qui est plus une opération commerciale ou autre chose. Elle a voulu mettre les photos dans les archives, donc photos anciennes, sur un paysage contemporain. sauf qu’elle va choisir un paysage qui n’est absolument pas en adéquation avec les personnages. C’est à dire que vous avez des personnages que l’on pourrait dire « tiens ils sont espagnols ou italiens etc ». Mais on les met dans le désert américain, c’est pas ça du tout. 

Voilà, et bien là-bas, celles que vous avez là bas (elle pointe des photos), ils sont en Afrique et ça va pas du tout non plus. Donc photo-montages de personnages anciens par des photos familiales transposées donc sur un paysage qu’elle a photographié elle.

L’autre côté (elle montre un autre endroit de la galerie) là aussi des personnages tout à fait contemporains qu’elle a elle-même photographiés, qu’elle met elle-même après en situation avec un second plan photographique, et un troisième plan photographique éventuellement. C’est vraiment une façon de montrer aussi… les transhumances ont toujours existé. On parle pas de migration, on parle de transhumance. Tout le monde est parti d’une région de France à une autre région de France pour travailler. Les auvergnats sont partis à Paris, les lillois sont descendus dans l’autre sens, les polonais sont partis travailler dans les mines, enfin et encore tous les jours maintenant on traverse les frontières pour pouvoir aller travailler d’une contrée à une l’autre.

Marianne Hueber : – Transhumance, mais aussi trans humance, humans, si on le prend en anglais c’est « humain ». C’est la transe, le transfrontalier on pourrait dire, « je traverse quelque chose », et sa propre histoire aussi puisque elle se faisait une référence indépendamment des photos qu’elle a retrouvées, c’était parce que c’était aussi ce que ses grands-parents ont vécu, puisqu’ils ont fui 1940, ils se sont retrouvés sur les routes jusqu’au moment où ils ont été accueillis dans une région française, et à la fin de la guerre ils sont retournés chez eux tout à fait normalement, dans un pays dévasté mais la France aussi l’était. Il y a aussi ce « je pars parce que j’ai envie d’un monde, entre guillemets meilleur », ou bien je pars aussi parce que je suis un petit peu obligé. il y a le choix, parfois il ya un peu l’obligation. Si on les regarde bien, il y a rien de triste.  Je me permets de le penser en tout cas. 

Marianne Hueber : –  Après, pourquoi c’est noir et c’est blanc comme ça, c’est aussi parce que le papier qu’elle a utilisé pour faire l’impression de ses photos, c’est un papier qui a énormément de trames, et parce qu’il a beaucoup de trames, c’est un papier gravure, donc il a un grain qui apporte encore cette touche un peu plus ancienne, mais tout dans le travail, je dirais, bon, on parle de cette expo-là, mais dans les autres travaux d’Alexandra, c’est toujours sur l’être humain, sa façon d’être.

Galerie CIRCA, ARLES

Romain Thiery

Romain Thiery est un artiste qui parcourt le monde pour découvrir des pianos abandonnés dans d’anciennes bâtisses

Il commence par visiter le lieu, s’en imprégner avant de découvrir le piano et de réfléchir à comment il va pouvoir réaliser la photo qu’il désire; Qui rendrait compte au mieux de sa beauté et de sa fragilité dans ce moment de sa vie où il se retrouve abandonné et souvent en train de tomber en morceaux. Il enregistre aussi les sons restant du piano. 

L’artiste était exposé dans l’atelier galerie Romain Thiery de Arles.

Interview de la galeriste présentant le travail de Romain Thiery, le 24/07/25, Festival Off de la photographie de Arles 

Galeriste : – alors en fait c’est mon meilleur ami, donc on a pris cette galerie ensemble pour que je puisse effectivement le représenter au travers de son travail.

Galeriste : – Il mène une quête depuis plus de 15 ans, il a photographié plus de 160 pianos. Il parcourt le monde entier pour rechercher des pianos dans des lieux abandonnés afin de pouvoir les immortaliser, leur donner un dernier hommage, leur rendre un dernier hommage avant qu’ils disparaissent complètement. Il enregistre aussi les sons de certains, de ceux qui peuvent encore résonner. Voilà, qu’on peut écouter, qu’on peut entendre et qui correspondent : Donc tel son correspond à ce piano-là. Voilà, donc c’est une quête qui mène, avec un gros travail de recherche et d’enquête en amont. 

Il y a plusieurs sources. Maintenant, il est mondialement connu. Il y a un réseau qui est assez important et des gens qui peuvent aussi lui indiquer des lieux. Il y a les réseaux sociaux. Il y a des applications comme Google Earth avec lesquelles il va repérer des bâtisses, des châteaux, etc. où il va supposer que probablement il y a un piano qui pourrait se trouver là. Et de là, il va mener une enquête avec les mairies. Il va se rapprocher des gens, des habitants, etc. pour avoir confirmation que le lieu est bien ouvert, qu’il peut y pénétrer et que surtout il y a un piano à l’intérieur. 

Galeriste : – C’est une chasse au trésor. Et puis en plus il essaie aussi un maximum de pouvoir récupérer des informations sur les lieux, des informations historiques quand il peut. C’est pas toujours le cas, mais il y a des endroits où effectivement il a pu avoir un petit historique du lieu, de ce qui s’est passé, de ce que c’était, de ce que c’est devenu. Donc il y a un gros travail de recherche: et de recherche du lieu, et de recherche ensuite historique, avant d’arriver à la prise de vue. 

Galeriste : – Oui, alors il passe beaucoup de temps. D’abord, quand il arrive sur le lieu, il fait vraiment un tour complet de l’endroit pour s’imprégner aussi de l’ambiance, pour voir la lumière. Il y a des endroits où il a été obligé de retourner à plusieurs reprises parce qu’il n’y avait pas de lumière, c’était trop sombre, il faisait mauvais. Donc il a pu prévoir de partir une journée sur ce lieu pour prendre la photo, et en fait, il a dû y retourner deux ou trois fois ou quatre fois en attendant que la lumière soit ce qu’il voulait qu’elle soit. Il y a un gros, gros travail après au niveau de la prise de vue par rapport à la lumière. 

Galeriste : – En fait il a commencé une première fois, il est parti avec sa maman qui elle avait un projet de lieu abandonné. Il l’a accompagné et quand ils sont rentrés dans une bâtisse je ne sais plus, c’était en France mais je ne sais plus où c’était, il a poussé une porte et il a découvert un piano abandonné. Et là, il s’est dit, c’est pas possible. En plus, il est pianiste. Donc, il s’est dit, c’est pas possible que des gens laissent un piano. Et il s’est dit, s’il y en a un là, il y en a d’autres ailleurs. Et en fait, ça a commencé comme ça. 

Galeriste : – Il est musicien, il est pianiste depuis l’âge de 4 ans. Alors, il est amateur, enfin, c’est un amateur plus que confirmé, Il a un piano chez lui, il joue bien. 

Galeriste : – Voilà, c’est un sacré projet qu’il mène déjà depuis très longtemps. Il a commencé très jeune, parce qu’il n’est pas très vieux, il a 37 ans. Oui. Et je pense qu’il va continuer encore un moment. Il est parti au mois d’avril, cette année, il est parti au Japon. Il a photographié une dizaine de pianos au Japon. Et il a travaillé sur ce projet-là pendant 5 ans. Donc il y a un gros gros travail avant de se rendre sur les lieux.

Galeriste : – C’est poursuivre cette série, je pense qu’il en a encore pour pas mal de temps parce que c’est une réelle quête qui mène, voilà, je pense qu’il n’est pas prêt de s’arrêter.

Galeriste : – Et puis ces sons qu’il arrive à récupérer comme un dernier souffle, parce qu’à un moment ça ne résonnera plus, et puis à un moment le piano va s’écrouler et puis il ne sera plus là, donc c’est vraiment un très très beau travail. 

Galerie Romain THIERY, ARLES

Catherine Griss

Les photographies de Catherine Griss que nous avions pu découvrir à la Fontaine Obscure, (75 rue Portagnel), portaient sur les lieux dans lesquels a transité l’autrice Marguerite Duras. 

C’est une artiste qui voyage beaucoup et qui travaille sur les lieux et les habitants, notamment autour de la mémoire et des récits. 

Interview de Catherine Griss, le 24/07/25, Festival Off de la photographie de Arles 

Catherine Griss : – C’est un travail que j’ai fait sur les traces de Marguerite Duras. En fait je suis allée sur les lieux par hasard en 2007, c’est au sud Cambodge, parce que j’ai appris que c’était… j’ai lu que c’est la plantation se trouvait là, dans cette région. 

Je suis tombée sur ces trois villes, le Cap Kampot et le Bokor, où elle allait en fait, puisque la plantation Ream n’était pas loin du tout, donc tout ce qu’elle décrit dans ses romans, les villas, le pouvoir blanc, etc… se trouvait là. Et je suis tombée sur ces villas abandonnées du fait de l’occupation des lieux par Pol Pot. Comme les gens n’ont pas été enterrés, il y avait les âmes errantes et les habitants n’ont plus voulu réoccuper les lieux. Donc toute cette splendeur est partie. 

Et donc dans ces lieux il y avait à la fois la critique du pouvoir colonial… que j’ai trouvé dans le roman Barrage contre le Pacifique mais en même temps il y avait cette présence ancienne, mais aussi les nouveaux habitants, un peu, qui réoccupaient les lieux, qui arrivaient comme des fantômes. Donc j’y suis retournée trois fois de suite, et j’ai fait un travail de mémoire en pellicule noir et blanc, donc ce sont des tirages argentiques et voilà.Ce sont des photos qui sont à la BNF, à la Bibliothèque nationale bon, je suis contente de pouvoir les montrer ici.


Véronique Abour

Véronique Abour exposait à la Galerie Aux Docks. Elle photographie les femmes kabyles qu’elle va rencontrer régulièrement et avec lesquelles elle tisse peu à peu des liens forts, permettant ces photos qui parviennent à nous offrir leur regard.

Son conjoint est lui-même kabyle et elle est sensible à l’existence de ces femmes dans leur savoirs faire et aussi dans les valeurs qu’elles soutiennent. 

Interview de Véronique Abour, exposition « AMAZIGHS, femmes libres » à la Galerie Aux Docks d’Arles, le 25/07/25, Festival Off de la photographie de Arles

Véronique Abour : – Écoutez, ce travail sur les femmes amazighs, c’est un travail très personnel, puisque mon mari est kabyle, d’où mon histoire qui est très proche de toutes ces femmes amazighs. C’est un travail que je dédie à ma belle-mère. Voilà, mais c’est aussi un travail de transmission au départ, pour les générations futures, pour mes enfants, mes petits-enfants, parce que j’ai des petits-enfants, et aussi pour toutes ces femmes qui m’ont fait confiance au cours de ce long périple, parce que je suis allée plusieurs fois à leur rencontre. J’ai commencé en Kabylie et le déclenchement c’était lors d’une manifestation de l’Irak, parce que vous voyez la photo à côté de mon texte de présentation. 

Ces femmes étaient dans la rue, et je me suis dit qu’être femme et algérienne et avoir le courage de manifester, c’est très fort en plus. donc je me dis que c’était le moment: il fallait que je parte dans mon cheminement de mon histoire personnelle, donc c’était le déclencheur et de là, c’était en 2019, j’ai commencé. Bon, le Covid est arrivé, donc j’ai un petit peu arrêté, j’ai repris fin 2021, et là je suis repartie sur mon travail photographique. C’est une grande histoire de trouver ces femmes.

Véronique Abour : – Bien sûr, et puis je vous dis, c’est vraiment un hommage, mais une transmission aussi. Je le vois comme une transmission, voilà, parce qu’il y a beaucoup de… comme vous voyez là, les femmes qui tissent. Tout ça je pense est amené à disparaître puisque aujourd’hui les enfants vont à l’école et tant mieux. Donc toute cette richesse, parce que c’est une richesse pour moi, est amenée à disparaître, peut-être pas complètement, mais en tout cas une grande partie. Donc c’est pour ça que c’est un témoignage photographique aussi. 

Véronique Abour : – Bien sûr, d’où l’écriture finale. Vous voyez, c’est le poème que vous voyez derrière moi, c’est le poème d’une jeune, d’une amie d’enfance de ma fille, qui m’a écrit en voyant mes images, qui m’a proposé d’écrire ce poème que je trouvais très beau. Et là, il a été traduit en latin kabyle et après retranscrit dans l’écriture tifinagh. L’écriture tifinagh, c’est une écriture qui date de plus de 8000 ans. C’est un très beau texte que j’ai eu du mal à trouver. C’est une jeune femme, une jeune femme Warda, qui est mon amie, qui a appris la transcription, le tifinagh qu’elle a appris à la fac. Et voilà, qui a eu la gentillesse de me faire ce très beau cadeau.

Véronique Abour : – D’abord en français. Après traduit, et après retranscrit dans l’alphabet amazihg.

Véronique Abour : – Oui, très dur.

Véronique Abour : – Exactement. 

Véronique Abour : – C’est quelqu’un de très proche d’elle, c’est pas elle qui l’a fait, c’est son mari qui lui est très proche. Et j’ai eu le contrôle, la personne, Sabrina, qui m’a écrit le poème, a contrôlé que c’était bien ce qu’elle avait ressenti. Donc, vous avez compris, c’est un poème, donc il ne fallait pas se tromper dans la traduction. C’était très difficile, voilà, c’était important de respecter l’artiste. Et donc, ça a été un travail sur un an et demi pour arriver à ça. Parce que trouver les personnes, les bonnes personnes, et les personnes qui encore savent traduire en tifinagh c’était compliqué… Mais voilà, ça s’est fait. 

Véronique Abour : – là, ce sont les dernières (elle montre une photographie), là vous voyez la cuisson du pain. c’était au printemps de cette année, en 2025, donc sur plusieurs séjours, six, sept séjours, et là je vais retourner, certainement les voir à l’automne, si je ne peux vraiment pas à l’automne, parce que j’ai des expos, ce sera au printemps l’année prochaine. Je vais continuer à les voir, c’est ce que je raconte dans mon texte de présentation, c’était une histoire, un hommage photographique aux femmes amazihgs, mais c’est devenu aussi maintenant une histoire de cœur avec ces femmes. Vous voyez la jeune femme qui est là avec sa petite fille qui s’appelle Fatma, quand je dis sur mon texte qu’elle m’a ouvert sa porte mais aussi son coeur, c’est vrai, ça s’est fait tout doucement, ça ne s’est pas fait une fois, mais j’ai pris le temps de la rencontrer, et voilà, ça s’est fait tranquillement, et aujourd’hui, elles sont vraiment… elles sont proches de moi ,elles savent que j’expose aujourd’hui, parce que je ne voudrais rien faire sans leur accord, il n’y a aucune photo volée, et celles qui voulaient être prises en photo, voilà avec grand plaisir. Celles que vous ne voulaient pas, je respectais. 

Véronique Abour : – Des gestes. 

Véronique Abour : – Uniquement les gestes. Les gestes entre femmes. Voilà, on se comprend. On a eu des fous rires. On a eu des incompréhensions, mais comme je dis, tellement normales. Parce que c’est normal. Et donc on a eu des fous rires de tout ça. alors mon histoire c’est quand même que mon mari parle le kabyle mais le kabyle là, comme là c’était dans l’autre atlas marocain, c’est pas tout à fait les mêmes dialectes, donc il y a beaucoup de mots qui sont différents, et j’ai eu la troisième ou la quatrième fois une jeune femme qui m’a traduit, qui leur a expliqué pourquoi je faisais ce travail là. Je voulais que ce soit acté, je voulais avoir leur autorisation. J’ai trop de respect pour ces femmes là. Je sais ce qu’elles pensent aussi, qu’on peut aussi leur voler leur âme, c’est comme ça qu’on dit par rapport à la religion. Même si au départ, les amazihgs ne sont pas des religieuses, ce sont des amazihgs, mais je voulais que ce soit bien acté, que je faisais des photos, je leur ramenais des photos, bien sûr, à chaque fois, elles avaient mes photos, donc je leur ai ramené, mais je voulais qu’elles comprennent, que je voulais exposer. Qu’est-ce que ça veut dire exposer pour elles ? là-bas vous êtes en haut de nulle part, ailleurs il ne se passe rien, il n’y a pas de touristes. Donc j’ai eu l’idée, l’année d’après, j’avais sur mon portable un petit film de ma dernière exposition, donc je leur ai montré ce film pour qu’elles comprennent ce que c’était une exposition. Et là elles ont compris, et elles ont compris que c’était pour les mettre en valeur, c’était un hommage que je leur faisais, et je voulais cet espace, parce que cet espace est très beau, donc j’ai attendu deux ans pour l’avoir, mais je l’ai eu, et je suis très heureuse de les présenter. 

Véronique Abour : – Oui, c’est un grand travail. C’est un grand travail sur plusieurs années, mais c’est aussi un hommage, donc c’est important. C’est important pour moi, que tout soit bien acté, que tout soit bien dans le respect.Voilà, mon histoire, c’est beaucoup de respect. Pour elle comme pour moi, c’est une belle histoire. 

Véronique Abour : –  Bien sûr, ça faisait partie d’un couvent ici (en parlant de la galerie). La chapelle qui est derrière, c’était… je crois qu’ici c’était le réfectoire. Voilà, le lieu est très beau, très intimiste et en même temps très grand. C’est un lieu très beau pour exposer, et je suis très heureuse que l’association Aux Docks d’Arles m’ait fait confiance et ait accepté que j’expose.

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